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stannevesselLes céramiques dont je vais donner ici quelques détails ont été découvertes par Casimir Bottin dans la tombe en bloc N°2 de Sainte-Anne ou de Caillassou à Saint-Vallier en 1882. Le descriptif des 5 tombes en blocs du quartier de Sainte-Anne est consultable dans la rubrique inventaire des mégalithes des Alpes-Maritimes.

Concernant la tombe en blocs N°2, qualifiée de tholos par Courtin, Bottin s'exprime en ces termes "Rien ne pouvait faire prévoir son existence. On remarque au centre de cette propriété un grand entassement de pierrailles, qui semblent provenir du champ environnant, rendu propre à la culture par le défoncement. Rien aussi ne faisait prévoir que son intérieur puisse renfermer une sépulture. Cependant poussé par un pressentiment, je pris la résolution d'y faire des fouilles... Je pris toutes les précautions désirables pour parvenir à trouver quelquechose d'intact. Ces précautions étaient indispensables pour me permettre de reconnaître l'exacte position des objets.... Arrivé au coin nord-ouest, la pioche mit à jour quelques fragments des bords d'un vase. J'abandonnai à la hâte cette outil, et, continuant très soigneusement mes fouilles avec les mains, en enlevant les petites pierres une à unes, j'eus la satisfaction de mettre à nue deux beaux vases, placés l'un dans l'autre et, bien que brisés en je ne sais combien de morceaux, ils gardaient la position où ils avaient été placés... J'ai eu le rare bonheur de les reconstituer ; mais, pour obtenir ce résultat, il a fallu déployer une patience et un soin que tout archéologue appréciera."

Bottin adresse une photo au préhistorien Alfred De Mortillet, ce dernier lui répond en mars 1883 : "Ces vases sont curieux, à cause de leur grande ressemblance avec ceux des dolmens de la Bretagne ; ils appartiennent, et par leur forme et par leur ornementation, à une seule et même industrie. Il s'agirait de savoir si cette poterie doit être classée au commencement ou à la fin de la période néolithique..."
(le texte de Bottin est consultable en intégralité dans la rubrique préhistorien : Mémoire sur neuf tumuli de la période néolithique, in Ann. Soc. Lett., Sc. et Arts des A.M., T. X, p. 426-445.


ceram_1_tombe_de_Ste-Anne_2
(doc 1 : Gobelet Campaniforme N°1, tombe en blocs de Sainte-Anne, Saint-Vallier de Thiey)

Le Campaniforme

Au départ et au sens strict, ce terme désigne un gobelet de poterie dont le profil en S lui donne la forme d'une cloche à l'envers.(Bas latin campana = cloche)
Ce type de gobelet est caractérisé à la fois par sa forme mais aussi et surtout par le décor particulier qu'il porte généralement et qui a permis par extension de qualifier de campaniformes d'autres formes céramiques présentant le même type de décor puis même d'autres décors relevant de la même tradition et considérés comme des évolutions ou des reproductions des premiers. (Lemercier 2002)

D'un point de vue géographique, ces céramiques associées à un mobilier particulier, et le plus souvent en contexte funéraire (boutons perforés en V, les plaquettes perforées appelées « brassards d’archer », les armatures de flèches à pédoncule et ailerons équarris, certains types de parure comme les pendeloques arciformes...) sont apparues au IIIème millénaire dans un vaste espace du Maroc à la Pologne et d’Irlande en Sicile et se sont répandues très rapidement. De nombreuses questions sur l'origine géographiquede cette culture, la datation,  les modes de diffusion des gobelets et des objets, leur fonction, subsistent encore et alimentent de nombreux travaux de recherches.

Les deux vases de Sainte-Anne appartiennent au style "rhodano-provençal". Le groupe Rhodano-Provençal a été mis en évidence par Jean Courtin (1967, 1974). Limitée par les crêtes alpines de la frontière italienne et par la mer Méditerranée, à l’est et au sud, cette région s’étend vers le nord jusqu’au cours de l’Isère et vers l’ouest jusqu’aux piémonts des monts du Vivarais et au Vidourle qui constitue la limite sudoccidentale. (Lemercier 2002)

Les gobelets de la tombe en blocs de Sainte-Anne

Il s'agit de céramiques modelées selon la méthode du colombin, leur épaisseur est très fine, de l'ordre de 3 à 5 mm. Les pâtes sont épurées, le dégraissant broyé finement. Les surfaces sont très soigneusement lissées et ornées de motifs géométriques disposés en bandes horizontales. Ce décor, exécuté avant la cuisson, est dans le cas présent imprimé au peigne. Les gobelets de Sainte-Anne sont rattachables à la phase stylistique 3 définie par Lemercier (2002) qui comprend de nombreuses morphologies parmi lesquelles les formes basses sont très importantes. Les décors sont également très diversifiés. C’est encore vers le Languedoc, dans le groupe Pyrénéen et dans la Péninsule Ibérique que les éléments les plus comparables apparaissent. D’autres influences, secondaires, pourraient renvoyer à des régions septentrionales et orientales

Le gobelet N°1, galbé à fond ombiliqué restituable présente un décor (intégralement réalisé au peigne) sur les deux tiers supérieurs, composé de bandes décorées et réservées alternées. Les bandes décorées sont une ligne de triangles hachurés horizontalement, pointes en bas, liée à une échelle horizontale. Une bande croisillonnée, liée à une échelle horizontale, une bande composée de deux lignes de triangles hachurés horizontalement et opposés par la pointe, dégageant une ligne de losanges réservés, puis une bande en fermeture éclair (ce dernier motif est classique dans le campaniforme pyrénéen où il est généralement incisé et estampé). Le bas du vase est réservé. (dessin d'après Gassin 1986) vase_1_sainte-anne

 

Le gobelet N°2, galbé à fond ombiliqué restituable présente un décor complexe au peigne associant des impressions. Le décor alterne bandes décorées et réservées : une échelle horizontale, une ligne de triangle remplis d’impressions ( ?), puis une bande jointive de deux lignes décalées d’impressions. Une bande de trois lignes de motifs scalariformes en métopes formant un damier. Une bande difficilement lisible présentant probablement une échelle horizontale suivie d’une ligne seule après un espace. Une échelle, une bande de deux lignes d’impressions décalées, une échelle, une bande de deux lignes d’impressions décalées, puis une bande en damier identique à celle déjà décrite (dessin d'après Gassin 1986) vase_2_sainte-anne


Sur le secteur de Saint-Vallier, du mobilier céramique attribuable au Campaniforme a été également retrouvé au dolmen de Verdoline, au tumulus des Passages, au dolmen d'Arboins, au dolmen de l'Apparat.


Bibliographie :

Bottin Casimir, 1885
Mémoire sur neuf tumuli de la période néolithique, in Ann. Soc. Lett., Sc. et Arts des A.M., T. X, p. 426-445.

Lemercier Olivier, 2002
Le Campaniforme dans le sud-est de la France. De l’Archéologie à l’Histoire du Troisième millénaire avant notre ère, Thèse de doctorat, Aix-en Provence


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