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| Moulin
médiéval de la Motte - présentation |
Le
Moulin de la Motte ou moulin de Saint-Jean
(Commune
de Saint-Vallier de Thiey,
Alpes-Maritimes, France)
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Les
textes et plans sont extraits de l'étude réalisée
par Daniel THIERY, Président du Groupe de Recherches
Historiques en Provence (bulletins 1
et 6 du G.R.H.P.).
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Sur le devant des ruines du
moulin :
meule brisée en poudingue siliceux (pierre de Marseille)
dite "meule de Marseille" datable du XVIIIè siècle.
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"Il
existe des lieux dans l'arrière pays grassois où
il semble que la vie se soit figée depuis la nuit des
temps, des lieux où seul le cours d'une rivière,
tantôt bruissante, tantôt fracassante vient animer
un paysage ou la forêt s'entremêle aux rochers brunis
par les vents, le gel et le soleil. Le haut cours de la Siagne,
non loin de ses sources, offre ainsi un spectacle naturel à
la fois grandiose et secret où l'homme se sent indiscret
et en même temps admis s'il sait regarder, se taire et
écouter. Il pourra alors peut-être entendre la
longue histoire d'un terroir oublié et suivre l'étonnant
défilé de l'écoulement des siècles
à l'image de la rivière sans cesse renouvelée...
" |
Le
moulin de la motte (molendinum de mota au Moyen-Age)
se situe en rive gauche de la Siagne, non loin de ses sources,
en contrebas de la chapelle Saint-Jean. D'après les textes,
nous savons que ce moulin a fonctionné de 1389 (au moins)
à 1907. Après son abandon, la végétation
a repris ses droits sur le site, le moulin s'est effondré,
n'offrant plus qu'un tas de ruines envahies par le lierre et
les arbres morts.
Octobre 1994, Electricité de France, propriétaire
du terrain, passe une convention avec le Groupe de Recherches
Historiques en Provence, afin que ce dernier effectue le déblaiement
des ruines et le commencement de son étude.
Après trois ans de travaux, l'Institut d'Etudes Niçoises,
membre du G.R.H.P. a engagé 12 personnes en mars 98,
afin de poursuivre ces travaux et de réaliser une mise
en valeur du site.
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Ce
n'est qu'à partir du XIXè siècle que les
habitants de Saint-Vallier ont pris l'habitude de nommer leur
vieux moulin à blé sur la rivière de Siagne
"Moulin de Saint-Jean", car il est situé en
effet à 100 mètres en amont de la chapelle Saint-Jean.
Dans les siècles passés, ce moulin portait le
nom de "Moulin de la Motte"
ou "de la Moutte", au Moyen-Age, "Molendinum
de Mota".
Ce moulin
était en effet inclus dans un vieux terroir, appelé
la Motte, qui s'étendait de chaque coté de la
Siagne sur quelques 282 hectares. Fief seigneural, séparé
de celui de Saint-Vallier, il est possible qu'il ait été
crée au cours du Xè siècle lors de la distribution
des terres du diocèse d'Antibes par Rodoard, en 961,
à ses compagnons d'armes, après la libération
de la Provence des Sarrasins. Le terme de "Motte"
désigne une motte féodale, créée
au cours des X-XIè siècles, comprenant seulement
un donjon entouré d'une cour.
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Ci-dessus : meule de "pierre
meulière"
en place sur le
rodet. Ce type
de meule, datable du XIX, est cerclée par des rubans
de fer posés à chaud comme les cerclages des roues
de charettes. Ces meules sont monolithes, c'est à dire
taillées dans un seul bloc de roche, par opposition aux
meules en silex composées de plusieurs morceaux de silex.
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| Vers
l'an 1220, il est cité comme le château de la Motte.
Puis en 1242, le fief de la Motte, avec un château et une
église, appartenant alors à Fida de la Motte, est
attribué par le comte de Provence Raymond Bérenger
V, au prévôt et chapitre d'Antibes. Le fief de Saint-Vallier
passe lui aussi aux mains du chapitre d'Antibes, puis la même
année au chapitre de Grasse. Le donjon existe encore aujourd'hui,
face au moulin, sur la rive droite. Le fief de la Motte, trop
petit, et réuni en 1242 à celui de Saint-Vallier,
n'a pas connu le développement du donjon en château
comme cela est arrivé dans la plupart des cas. En 1566,
il est signalé "château vieux de la Motte"
.
La première mention du moulin, reconnue à ce
jour, date de 1389, dans le livre d'administration tenu par
l'économe du chapitre de Grasse, seigneur de Saint-Vallier
et de la Motte
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Ci-dessus : le four du moulin à peine débarassé
de son couvert végétal |
Puis
en 1447, 1450, 1504, 1510, nous assistons à quatre arrentements
(locations) établis par l'économe du chapitre.
Il n'existait alors qu'un jeu de meules animé par le
rodet. Le meunier résidait au moulin et était
astreint, avec le chapitre, à son entretien et à
son bon fonctionnement. Les habitants de Saint-Vallier étaient
tenus de venir moudre leur blé à ce moulin, c'est
ce que l'on nomme la banalité seigneuriale.
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Des
contestations durant le XVè siècle, surviennent
entre le chapitre et la communauté, principalement sur
les droits de pâture et également sur la banalité
des fours et moulins que la communauté conteste.
Las des procés et des discussions, en 1527, contre une
indemnité, le chapitre cède la terre de la Motte
et le moulin à la communauté. Cette transaction
est confirmée par celle de 1566. La communauté
devient propeiétaire du moulin et fait alors appliquer
strictement une banalité devenue communale.
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En
1604, lors d'un arrentement du moulin, il n'est toujours cité
qu'un seul rodet, mais apparaît le "paroir"
ou foulon à draps.
En 1609 il est indiqué que "la communauté
a deux moulins à bled, un paroir". C'est donc
entre ces deux dates, qu'on a édifié un deuxième
rodet.
L'entretien des moulins s'avérant onéreux, les
taxes seigneuriales ayant augmenté considérablement,
la communauté, à cours de ressources, se voit
contrainte de vendre les moulins.
En 1720, une estimation est faite, qui décrit minutieusement
l'état des "moulins à blé situés
dans la terre de la Moutte et du foulon attenant".
En 1722, les moulins et paroir sont vendus à des particuliers
pour 15335 livres, droit de banalité compris qui devient
alors banalité roturière.
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Ci dessus : dans un des canaux
de fuite en cours de dégagement, sous le moulin, nous
avons localisé un bloc recouvert de concrétions
(tuf)
sur lequel a été gravé une date: 1826.
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Pendant
200 ans, tout semble bien se passer entre les différents
propriétaires et la communauté.
En 1814 et 1818, après "le délire des
passions révolutionnaires qui avait fait croire que tout
ce qui était directement féodal ou le rattachait
encore indirectement à un principe de féodalité
primitive était aboli sans indemnité",
une difficulté apparaît : les propriétaires
exigeaient le respect par la communauté de la banalité
des moulins. Le Conseil Municipal, d'abord choqué d'une
telle demande, puis réticent, reconnaît enfin qu'elle
n'a pas été abolie et se voit en 1823, contraint
de la racheter afin "d'éteindre une banalité
forcée qui tient de si près de l'esclavage".
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Ci-dessus : "bugadier"
découvert lors du dégagement du four. Le bugadier
est une poterie de grandes taille utilisée pour laver le
linge à l'origine, mais servant aussi à stocker
différents produits (eau, vin, huile...). Sur la photo,
nous pouvons voir un cordon digité sous la lèvre
de la poterie ainsi qu'un cordon vertical sur la panse. On remarque
une coulée de glaçure jaune le long du cordon vertical.
Cette pièce a été produite à Biot
(Alpes-Maritimes) vraisemblablement au cours du XVIIIè
siècle (peut-être même XVIIè siècle).
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La
banalité enfin éliminée, d'autres moulins
sont construits sur le territoire. En 1907, le Moulin de la
Motte, après plus de 500 ans de fonctionnement, s'arrête
définitivement. Il est acquis par la Société
Electrique du Littoral.
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LEXIQUE
Arrentement
: mis à rente, location à bail
Banalité
: droit issu de la féodalité qui oblige les gens
à utiliser certains services exclusivement.
Banalité communale
: le même dû à la commune
Banalité roturière
: le même dû à des particuliers
Foulon
: bâtiment où l'on bat le drap dans de l'argile
smectique pour l'assouplir et le dégraisser
Fouloir
: autre nom pour foulon
Meule
: partie tournante ou gisante d'un moulin. Est généralement
taillée dans une pierre abrasive (Rhyolithe, Silex, Grès
siliceux ou Poudingue siliceux)
Motte
: donjon, tour ou château construit sur une levée
de terre artificielle
Paroir à drap
: syn. de foulon
Pierre meulière
: roche en silex sédimentaire utilisée, aussi
bien dans la construction, que pour la fabrication des meules
du moulin.
Rodet
: ensemble composé de la roue, de l'arbre et de la meule
tournante (meule supérieure).
Tuf
: roche sédimentaire abandonnée par les eaux de
source chargées en calcaire. On qualifie généralement
ces sources de "pétrifiantes". |
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