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TEXTES INEDITS SUR SAINT-CEZAIRE
Daniel THIERY
Pour tout curieux qui s’intéresse à l’histoire de son village, la lecture de textes inédits, c’est-à-dire non publiés, peut se révéler d’un grand intérêt. Ces textes sont quelquefois cités par bribes par les historiens ou sont connus par ouï-dire ou même sont complètement ignorés parce qu’inconnus. Nous nous proposons aujourd’hui d’en publier trois, nous réservant, par la suite, d’en présenter d’autres dont les publications trop anciennes sont devenues introuvables (Noyon, 1846; Garcin, 1835).
Nous nous sommes permis de faire quelques commentaires, en notes, afin d’apporter quelques précisions sur les différents sujets traités. La science historique et archéologique ayant évoluée depuis ces écrits, d’autres découvertes étant intervenue depuis, il est parfois nécessaire de préciser certains points de vue. Mais ces textes sont une source de renseignements qu’il était important de ne pas négliger. Ils ont permis la découverte de sites perdus, car mal localisés ou dissous dans des mémoires incertaines.
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20 Janvier 1820
Description de la commune par le Contrôleur du Cadastre.
Lors de la confection du cadastre napoléonien, le contrôleur expose d’abord une “ description de la Commune ”. Il décrit l’état géographique et les ressources du terroir, mais quelquefois il présente également quelques données historiques. C’est le cas pour la commune de Saint-Cézaire, où le contrôleur, chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur, a voulu rapporter les principales informations historiques qu’il a recueillies auprès des habitants. L’information la plus importante est celle où il offre une transcription, presque complète, de l’épitaphe du sarcophage de Marcus Octavius Nepos. On peut affirmer qu’il s’agit là du texte le plus ancien apportant des éléments de cet ordre sur la commune. Ce document est conservé aux ADAM, Cadastre, Etat des sections, 34782.
“ La Commune de Saint-Cézaire, canton de Saint-Vallier, arrondissement de Grasse, située sur le sommet d’une colline assez escarpée au bas de laquelle coule la rivière de Siagne, est distante de demy lieue et demie de la ville de Grasse, marché le plus voisin.
Cette commune, anciennement appelée Castrum Cesaris [1] , remonte à une antiquité très reculée. Il paraît, d’après la tradition du pays, sa situation, les vestiges romains qu’on rencontre à chaque pas, que ce fut dans cet endroit que Jules César et ensuite les autres généraux romains, établirent le quartier général de la division militaire qui battait la montagne pour garantir la grande armée des irruptions journalières des gaulois montagnards [2] .
Il reste encore une grande partie de l’ancienne enceinte que l’on reconnaît facilement pour être de la bâtisse romaine; tous les mamelons qui dominent le village sont fortifiés par des ouvrages et communiquent entre eux par des chemins couverts [3] .
On voit dans la rivière la culée d’un pont que le temps a détruit; cet ouvrage a été travaillé avec beaucoup de soin et paraît de la plus grande solidité; les traces d’un grand chemin taillé dans le roc qui menait à Saint-Cézaire à ce pont sont encore très apparents [4] .
On a trouvé sur tous les points du territoire et notamment près de la Grange Rimade et aux Traillières une grande quantité de tombeaux romains [5] ; sur l’un d’eux, sculpté avec assez d’élégance et qui sert maintenant d’abreuvoir, se trouve l’inscription suivante qui était intacte il y a peu d’années :
M. OCTAVIO NEPOTI OBV . . . .
IVGE FORO DUCERET IPSA DIE VIT . .
DITVIXIT AN XVIII M OCTAVIUS VALERIA-
NUS IULIA SEMPRONIA INFELICISSIMI
PARENTES IN DOLORIS SOLATIUM FIL-
IO DULCISSIMO ET IN IPSIUS MEMORIAM
FECERUNT
Le sol de Saint-Cézaire est composé d’une terre végétale argileuse; en quelques endroits il repose sur un banc énorme de pierres calcaires dont plusieurs couches se montrent au dessus de la surface. Comme il n’existe pas de propriétés où l’on ne rencontre des bancs de ces pierres, le labour est très difficile et très dispendieux; la plantation de la vigne y est presque impossible.
Le climat de la plaine est vif, la neige couvre une partie de l’hiver les montagnes qui l’entourent ; le climat du coteau est tempéré et même chaud. Les oliviers s’y plaisent, ils y viennent bien mais ils demandent beaucoup d’engrais. La rivière de Siagne est très poissonneuse, ses truites sont très estimées, les eaux coulant au fond d’un vallon très étroit ne sont d’aucune utilité pour arroser les terres, elles ne servent qu’à faire mouvoir des usines.
On ne trouve dans toute la plaine que deux sources, encore sèchent-elles en été et sont-elles très éloignées du village. Les habitants n’ont pu se procurer de l’eau qu’en creusant des puits dans un terrain argileux; cette aisance devenant insuffisante lorsque le printemps n’est pas pluvieux, ils sont obligés de descendre à la rivière pour faire leurs provisions d’eau, corvée bien méritée, puisqu’à peu de frais ils pourraient rétablir des citernes immenses que les Romains avaient construits dans l’intérieur du village.
On trouve au contraire le long de la rivière une grande quantité de sources et en juillet de tous les côtés la plus belle est celle de la Foux, près le pont de Mons. Le volume d’eau qui en sort est à peu d’un mètre cube, elle jaillit d’une grotte située au pied d’un banc de roches calcaires taillées à pic et d’une grande élévation. En entrant dans cette grotte et après avoir fait à peu près cent pas, sur la droite, on trouve un lac formé d’une eau claire, limpide et très tranquille. Sur les bords de ce lac on trouve un grand nombre de pierres en général plates et extrêmement polies qu’on prendrait pour des galets.
Ce lac paraît très vaste ; à quelque distance qu’on ait pu lancer des pierres, on les a toujours entendu tomber dans l’eau; personne n’a eu encore la curiosité de renouveler l’épreuve périlleuse de M. Baurrit à la Balme et d’aller à la nage voir d’où pouvait provenir ce volume d’eau. Il y a quelques stalactites dans cette grotte et on trouve une très grande quantité de sable très fin dans des endroits où il ne paraît pas que l’eau ait jamais monté.
Il y a près du pont romain une mine d’un plâtre extrêmement blanc très brillant. L’argile qui compose en grande partie la base des terres qui sont au-dessus du banc empêche de l’exploiter à moins de s’exposer à des éboulements très considérables et très dangereux [6] .
Les productions du pays consistent en huile, bled, vin, chanvre et toutes sortes de légumes.
L’huile est d’une bonne qualité, elle tient avec celle de Grasse le premier rang dans le département [7] . C’est la production la plus abondante et pour ainsi dire la seule.
Le bled et le vin ne suffisent pas au besoin de l’habitation pour trois mois de l’année.
Le chanvre et les légumes se consomment dans les ménages; ces dernières productions se récoltent en très petite quantité dans les terres arrosables. On ne fait d’autre commerce que de l’huile.
Les habitants forts vigoureux, sujets à peu de maladie, sont sobres, laborieux ; ils sont essentiellement agricoles; ils ne s’occupent ni de la chasse ni de la pêche, quoique leurs terres soyent abondantes en gibier et la rivière en poissons. Ils n’ont point d’industries et sont peu amateurs de nouveautés.
Il y a dans le territoire trois hameaux : les Bernards, les Busquets, les Meyans. Il y quatre moulins à huile à eau, deux recenses, un moulin à farine.
Terres labourables.L’expert et le contrôleur ont été obligés à se livrer à des recherches très pénibles pour pouvoir déterminer la valeur de ces bois et le produit du glandage. Les ventes n’ont pas pu leur servir de bases fixes à cause des différences qui sont apparues entre elles en les rapprochant. Il résulte des renseignements qu’ils ont pu se procurer qu’il faut environ 180 ans pour qu’un chêne blanc ait atteint toute sa force et que pour cette époque il commencerait à dépérir. C’est sur cette base qu’ont été faits tous les calculs.
Il y avait anciennement un très beau bois taillé de chênes verts appartenant à la Commune sur la colline dite la Maline. Mais l’incurie des administrateurs du pays et la rapacité des habitants ont fortement contribué à dévaster ce bois qui aurait pu être d’une grande ressource et où l’on trouve à peine actuellement quelques baliveaux dans des précipices. On trouve un autre bois taillé sur la limite de la Commune du Tignet. L’expert a assimilé ces deux bois taillés à ceux de haute futaie. L’arpent de bois de 1° classe peut contenir 240 pieds d’arbres. Celui de 2° classe en peut contenir 180 pieds. Le nombre que peut contenir celui de 3° classe est indéterminé. Un chêne de 180 ans peut donner trente quintaux de bois. Il est reconnu que les frais de garde et d’exploitation s’élèvent à la moitié du produit brut.Fait et arrêté le 20 janvier 1820.
Le
Contrôleur des Contributions directes
Chevalier de l’ordre royal de Légion d’Honneur.
FORESTIER François-Jules ”.
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Manuscrit du docteur Lorrein. 1845.
Ce manuscrit que nous avons recherché en vain auprès des descendants du docteur Lorrein, maire de Saint-Cézaire en 1845, nous est cependant parvenu par une copie faite par un habitant de Saint-Cézaire en 1970. On peut le diviser en trois parties : les “ castellaras ”, les “ vestiges romains ” et les “ vestiges du Moyen-Age ”. La première partie est reproduite par NOYON, dans sa “ Statistique du département du Var ”, en 1846 (Imp. H. Bernard, Draguignan).
Les Castellaras.
“ Les ruines dont il s’agit ici portent le nom de Castellaras. Elles sont situées sur la première chaîne de collines qui se trouvent au nord et à l’est de Saint-Cézaire.Vestiges romains.
Dans l’une des maisons, j’ai trouvé un grand vase en terre, brisé, contenant un litre environ de petits charbons. Il s’agissait de gros blé carbonisé. La date de l’incendie qui a dévoré ces maisons remonte au règne de Constantin, ce qu’attestent les médailles trouvées dans ces décombres. Au sein de ces ruines, on a rencontré des statuettes en bronze, des vases en poterie brisés, des outils, une grande quantité de médailles en bronze de divers modèles des Empereurs depuis Jules César jusqu'à Constantin.Autour de ces ruines, on a découvert aussi de nombreuses sépultures isolées contenant chacune son cadavre, les unes formées par des dalles en pierre brute, les autres par trois briques de 40 centimètres de large, à bords relevés à angle droit et joignant entre elles au moyen d’entailles angulaires. Le couvercle était fait avec un égal nombre de briques semblablement disposées [12] .Vestiges contemporains du Moyen-Age.
Ce sont d’abord quelques monnaies de cuivre de Rois Lombards découvertes dans des ruines d’habitations.________________________________
Nouvelles tombes aux Traillères. 1976.
Ce texte est reproduit dans le classeur n° 3 des manuscrits de Mr Prudhomme. Il lui a été confié par le découvreur dont nous ne donnerons pas l’identité, faute d’avoir pu le retrouver et lui demander l’autorisation de publication.“| |
Perspectives
Ces trois textes non publiés apportent des renseignements divers et ont été une source importante dans la redécouverte de sites archéologiques. Nous voulons parler, en particulier, du pont dit “ romain ”, que la tradition orale avait toujours en mémoire, mais dont la situation avait été délocalisée. Nous savons maintenant où le situer exactement. Les découvertes de “ tombes romaines ” avaient déjà été signalées par Paul Goby au début de notre siècle, d’autres ont été découvertes auparavant et récemment, non plus à l’occasion de terrassements pour la mise en culture, mais lors de créations de piscines. Nous apprenons encore aujourd’hui, que lors de l’édification de certains bâtiments ou d’aménagements divers, lors de travaux de voirie ou autres, des curieux remarquent des restes de tuiles, de poteries, d’ossements. Cela ne semble troubler qui que ce soit. Il serait utile que la moindre découverte fortuite soit signalée à la Mairie qui pourrait alors avertir les services compétents. C’est le souhait que ces écrits soulèvent pouvant provoquer une prise de conscience plus aiguë de notre patrimoine.
[1] La première mention du “ Castrum Sancti Cesarii ” date de 1200. Les habitants, soucieux de leur origine romaine et du nom de César, ont toujours exigé être appelé Césariens et non Césairiens, voulant montrer qu’ils se rattachent, non à Saint-Cézaire, évêque d’Arles, mais à l’empereur César.
[2] La création du port et de la ville de Fréjus (Forum Julii) par César en 49 av. J.-C., puis la construction de l’aqueduc captant l’eau de la Siagnole de Mons, au début du 1er s. ap. J.-C., exigeaient que le pays de la haute Siagne fut complètement pacifié. L’explication donnée par la “ tradition du pays ” est à prendre en considération, sans pour autant être une preuve formelle.
[3] On a souvent écrit que la porte Saint-Férreol était de facture romaine, en fait, elle n’est que du XIVe siècle. Quant aux “ ouvrages fortifiés ” situés sur les mamelons dominant Saint-Cézaire, il s’agit des enceintes protohistoriques (Camp Long, Soubeyran, Font-Bourdoux, Sargier, Mauvans, Collebasse, Corpatas).
[4] Ce pont, que la tradition récente veut absolument placer à l’emplacement du pont des Gabres actuel, est en fait situé au quartier des Fondudes, à 800 mètres en aval du pont de Serre. Nous l’avons retrouvé en décembre 1993, d’après les indications fournies par le texte de Noyon et le plan cadastral de 1820. Quant au “ chemin taillé dans le roc ”, il s’agit du chemin qui, du portail de Saint-Férreol, descend au Pont de Serre, mais bifurque vers l’Ouest, droit vers l’ancien pont.
[5] La “ Grange Rimade ” est un quartier situé à l’est de la D 13, à la hauteur de Riviéra 2. “ Les Traillières ” est le quartier situé au nord de la “ Grange de Niel ”, dans l’actuel quartier des “ Faisses de Barraou ”. C’est de ce dernier lieu que proviendrait le sarcophage romain.
[6] La “ mine de plâtre ” est effectivement situé quelques 300 mètres en aval du pont romain, au quartier des Fondudes. Un arrantement, en date du 28 juillet 1782, confirme cette plâtrière et sa situation (ADAM, 3 E 75 /62, f° 316 v°) : “ la plâtrière que ledit Camatte possède en sa propriété sise en ce terroir quartier des Fondudes près la rivière de Siagne ” .
[7] Le département du Var, à cette époque.
[8] Assolement biennal.
[9] Vulgairement : langage populaire.
[10] Il sont situés dans le village. Le premier, parcelle 299 F de 45 m_, appartient à Pierre Carlavan, fournier, les deux autres dans le même bâtiment, parcelle 330 F, de 137 m_, appartenant à Jean-Baptiste Autran, dit compagnon. Voir Plan de situation.
[11] Au midi : Soubeyran. Au nord : Camp Long. Au levant : Font Bourdoux.
[12] Il s’agit, d’après cette description, de tuiles plates à rebords romaines ou tegulae.
[13] Actuellement, on veut absolument que l’ancien emplacement du sarcophage soit aux Puits de la Vierge. Lorrein , Noyon, Garcin, Meyronnet et Blanc indiquent tous au puits du Plan. Lorrein apporte une précision supplémentaire : à 1000 mètres au N.-E du village, ce qui correspond exactement à la distance entre le village et le puits du Plan. Par contre, pour le lieu de la découverte, il le situe à la Lèque et non aux Traillères.
[14] Tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître qu’ils s’agissaient de citernes et non de greniers. Seul l’emplacement soulève question : au “ vieux château ”, dans “ l’ancien château féodal ”. Il s’agit, non pas de la Mairie actuelle, ancien château, dit “ maison seigneuriale ” lors de son achat à la Révolution, mais du “ vieux château ruiné situé à la Basse Rue ”, c’est-à-dire vers le portail de St-Férreol, maintenant enseveli sous le Point de Vue. Sur la transaction de 1504, elle est citée par Meyronnet qui signale que le seigneur “ accorde l’autorisation aux habitants de puiser de l’eau à la citerne du château ”.
[15]
Le fait que cette tombe ait révélé des tuiles rondes pourrait indiquer une
tombe “ en triangle ”, les tuiles rondes recouvrant la jonction
des tegulae inclinées. Sinon, on ne voit pas à quoi elles auraient pu servir.