TEXTES INEDITS SUR SAINT-CEZAIRE

Daniel THIERY

Pour tout curieux qui s’intéresse à l’histoire de son village, la lecture de textes inédits, c’est-à-dire non publiés, peut se révéler d’un grand intérêt. Ces textes sont quelquefois cités par bribes par les historiens ou sont connus par ouï-dire ou même sont complètement ignorés parce qu’inconnus. Nous nous proposons aujourd’hui d’en publier trois, nous réservant, par la suite, d’en présenter d’autres dont les publications trop anciennes sont devenues introuvables (Noyon, 1846; Garcin, 1835).

Nous nous sommes permis de faire quelques commentaires, en notes, afin d’apporter quelques précisions sur les différents sujets traités. La science historique et archéologique ayant évoluée depuis ces écrits, d’autres découvertes étant intervenue depuis, il est parfois nécessaire de préciser certains points de vue. Mais ces textes sont une source de renseignements qu’il était important de ne pas négliger. Ils ont permis la découverte de sites perdus, car mal localisés ou dissous dans des mémoires incertaines.

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20 Janvier 1820

Description de la commune par le Contrôleur du Cadastre.

Lors de la confection du cadastre napoléonien, le contrôleur expose d’abord une “ description de la Commune ”. Il décrit l’état géographique et les ressources du terroir, mais quelquefois il présente également quelques données historiques. C’est le cas pour la commune de Saint-Cézaire, où le contrôleur, chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur, a voulu rapporter les principales informations historiques qu’il a recueillies auprès des habitants. L’information la plus importante est celle où il offre une transcription, presque complète, de l’épitaphe du sarcophage de Marcus Octavius Nepos. On peut affirmer qu’il s’agit là du texte le plus ancien apportant des éléments de cet ordre sur la commune. Ce document est conservé aux ADAM, Cadastre, Etat des sections, 34782.

            “ La Commune de Saint-Cézaire, canton de Saint-Vallier, arrondissement de Grasse, située sur le sommet d’une colline assez escarpée au bas de laquelle coule la rivière de Siagne, est distante de demy lieue et demie de la ville de Grasse, marché le plus voisin.

            Cette commune, anciennement appelée Castrum Cesaris [1] , remonte à une antiquité très reculée. Il paraît, d’après la tradition du pays, sa situation, les vestiges romains qu’on rencontre à chaque pas, que ce fut dans cet endroit que Jules César et ensuite les autres généraux romains, établirent le quartier général de la division militaire qui battait la montagne pour garantir la grande armée des irruptions journalières des gaulois montagnards [2] .

            Il reste encore une grande partie de l’ancienne enceinte que l’on reconnaît facilement pour être de la bâtisse romaine; tous les mamelons qui dominent le village sont fortifiés par des ouvrages et communiquent entre eux par des chemins couverts [3] .

            On voit dans la rivière la culée d’un pont que le temps a détruit; cet ouvrage a été travaillé avec beaucoup de soin et paraît de la plus grande solidité; les traces d’un grand chemin taillé dans le roc qui menait à Saint-Cézaire à ce pont sont encore très apparents [4] .

            On a trouvé sur tous les points du territoire et notamment près de la Grange Rimade et aux Traillières une grande quantité de tombeaux romains [5]  ; sur l’un d’eux, sculpté avec assez d’élégance et qui sert maintenant d’abreuvoir, se trouve l’inscription suivante qui était intacte il y a peu d’années :

M. OCTAVIO NEPOTI OBV . . . .

IVGE FORO DUCERET IPSA DIE VIT  . .

DITVIXIT AN XVIII M OCTAVIUS VALERIA-

NUS IULIA SEMPRONIA INFELICISSIMI

PARENTES IN DOLORIS SOLATIUM FIL-

IO DULCISSIMO ET IN IPSIUS MEMORIAM

FECERUNT

Le sol de Saint-Cézaire est composé d’une terre végétale argileuse; en quelques endroits il repose sur un banc énorme de pierres calcaires dont plusieurs couches se montrent au dessus de la surface. Comme il n’existe pas de propriétés où l’on ne rencontre des bancs de ces pierres, le labour est très difficile et très dispendieux; la plantation de la vigne y est presque impossible.

Le climat de la plaine est vif, la neige couvre une partie de l’hiver les montagnes qui l’entourent ; le climat du coteau est tempéré et même chaud. Les oliviers s’y plaisent, ils y viennent bien mais ils demandent beaucoup d’engrais. La rivière de Siagne est très poissonneuse, ses truites sont très estimées, les eaux coulant au fond d’un vallon très étroit ne sont d’aucune utilité pour arroser les terres, elles ne servent qu’à faire mouvoir des usines.

On ne trouve dans toute la plaine que deux sources, encore sèchent-elles en été et sont-elles très éloignées du village. Les habitants n’ont pu se procurer de l’eau qu’en creusant des puits dans un terrain argileux; cette aisance devenant insuffisante lorsque le printemps n’est pas pluvieux, ils sont obligés de descendre à la rivière pour faire leurs provisions d’eau, corvée bien méritée, puisqu’à peu de frais ils pourraient rétablir des citernes immenses que les Romains avaient construits dans l’intérieur du village.

On trouve au contraire le long de la rivière une grande quantité de sources et en juillet de tous les côtés la plus belle est celle de la Foux, près le pont de Mons. Le volume d’eau qui en sort est à peu d’un mètre cube, elle jaillit d’une grotte située au pied d’un banc de roches calcaires taillées à pic et d’une grande élévation. En entrant dans cette grotte et après avoir fait à peu près cent pas, sur la droite, on trouve un lac formé d’une eau claire, limpide et très tranquille. Sur les bords de ce lac on trouve un grand nombre de pierres en général plates et extrêmement polies qu’on prendrait pour des galets.

Ce lac paraît très vaste ; à quelque distance qu’on ait pu lancer des pierres, on les a toujours entendu tomber dans l’eau; personne n’a eu encore la curiosité de renouveler l’épreuve périlleuse de M. Baurrit à la Balme et d’aller à la nage voir d’où pouvait provenir ce volume d’eau. Il y a quelques stalactites dans cette grotte et on trouve une très grande quantité de sable très fin dans des endroits où il ne paraît pas que l’eau ait jamais monté.

Il y a près du pont romain une mine d’un plâtre extrêmement blanc très brillant. L’argile qui compose en grande partie la base des terres qui sont au-dessus du banc empêche de l’exploiter à moins de s’exposer à des éboulements très considérables et très dangereux [6] .

Les productions du pays consistent en huile, bled, vin, chanvre et toutes sortes de légumes.

L’huile est d’une bonne qualité, elle tient avec celle de Grasse le premier rang dans le département [7] . C’est la production la plus abondante et pour ainsi dire la seule.

Le bled et le vin ne suffisent pas au besoin de l’habitation pour trois mois de l’année.

Le chanvre et les légumes se consomment dans les ménages; ces dernières productions se récoltent en très petite quantité dans les terres arrosables. On ne fait d’autre commerce que de l’huile.

Les habitants forts vigoureux, sujets à peu de maladie, sont sobres, laborieux ; ils sont essentiellement agricoles; ils ne s’occupent ni de la chasse ni de la pêche, quoique leurs terres soyent abondantes en gibier et la rivière en poissons. Ils n’ont point d’industries et sont peu amateurs de nouveautés.

Il y a dans le territoire trois hameaux : les Bernards, les Busquets, les Meyans. Il y quatre moulins à huile à eau, deux recenses, un moulin à farine.

Terres labourables.
Les terres labourables de la Commune de Saint-Cézaire sont en général d’une mauvaise qualité. Celles de la plaine qui par leur nature seraient susceptibles de rapporter assez de grains sont dominées au levant par la colline dite le Prignon qui empêche le soleil d’y paraître avant neuf heures du matin ce qui, lors de la floraison et pour peu qu’il y ait eu du brouillard ou de la rosée, dessèche le grain de bled et ne laisse que la paille. D’après une délibération du Conseil Municipal en date du trois mai 1808 approuvé par le Sous-Préfet et homologué par le Préfet, plus de la moitié des terres de Commune sont sujettes au parcours de deux années l’une [8] . On donne trois labours à la terre y compris celui pour les semailles; le hersage se fait à bras d’hommes. Il n’est pas dans l’usage de fumer les terres labourables.


Vignes.

Les vignes de la Commune sont en général plantées dans des terrains en pente rapides et soutenus par des murailles. Les quelques propriétés complantées qui se trouvent dans la plaine sont aussi entrecoupées de murailles extrêmement larges formées avec les pierres qu’on a retirées en plantant les ceps. L’expert considérant que partout les murailles occupent un grand espace de terrain a déduit 1/5 de la non production du terrain qu’elles occupent. Les vignes sont toutes plantées en filagnes, on évalue qu’elles occupent 2/5 du terrain sur lequel elles reposent, 2/5 étant remplies par la terre labourable des intermédiaires, le 5° restant est occupé par les murailles. Le vin récolté dans le pays est de très mauvaise qualité et ne peut supporter le transport ni être converti en eau de vie. Les vignes se cultivent à la pioche. On ne sert pas d’échalas. La taille de la vigne est compensée par les sarments. On ne fume pas les vignes, elles profitent des engrais qu’on met dans les intermédiaires pour y récolter quelques grains. Ces engrais sont compensés par le produit des pailles. L’arpent est planté de 2400 souches.


Oliviers.

Il y a beaucoup d’oliviers dans la Commune de Saint-Cézaire. C’est la seule ressource des habitants, encore leur attente est-elle souvent frustrée et mille inconvénients se réunissent-ils pour diminuer et souvent pour anéantir cette récolte. Il résulte de la position de Saint-Cézaire (..........) au nord avec des collines couvertes de neige pendant six mois de l’année, que le vent qui vient de cette partie, vulgairement [9] appelé le mistral, est extrêmement froid et que s’il trouve les oliviers humides, il gèle les rameaux qui sont l’espoir du cultivateur, pour l’année d’après il dessèche le fruit et le fait tomber avant sa maturité.


Une grande partie des oliviers repose sur une couche de terre végétale qui a peu de profondeur, leurs racines plongent dans les fissures des bancs de rochers qui sont en dessous. S’il ne vient pas de pluie pendant l’été, le soleil des mois de juillet et août chauffe les rochers, l’arbre se dessèche et le fruit tombe. Les olives sont sujettes à être attaquées par le ver dans quelques quartiers. Ces divers inconvénients,  les positions, la beauté, l’agrégation des arbres, en général tout ce qui pourrait augmenter ou détériorer la parcelle a été examiné avec le plus grand soin par l’expert.

Les oliviers se cultivent en entier à la pioche, peu de personnes ont dans l’usage de leur donner deux façons. On les émonde tous les deux ans. On les fume tous les deux ans. L’arpent contient 90 oliviers.

Terres arrosables.
Il y a peu de terres arrosables dans la Commune de Saint-Cézaire; elles sont toutes situées le long de la Siagne et arrosées par des sources; leur abord est extrêmement difficile, elles sont cependant très recherchées et d’un prix très élevé. Une grande partie manque de soleil less 3/4 de la journée, ce qui leur porte un grand préjudice. Les terres arrosables reçoivent une culture plus soignée que les autres propriétés, elles donnent ordinairement deux récoltes par an, une en bled ou en chanvre et une en haricot ou autres légumes et herbages.

Bois.
Il existe dans la Commune de Saint-Cézaire quelques collines couvertes de bois de chênes blancs de haute futaie. Le Seigneur de Saint-Cézaire à qui ils appartenaient n’ayant pas émigré, ils furent sauvés du vandalisme révolutionnaire. Ils ont été vendus depuis quelques années à divers particuliers qui commencent déjà à faire travailler la hache dans des forêts qui semblaient être placées pour défendre la plaine de Saint-Cézaire des inondations occasionnées par les orages ; ils ne songent point à repeupler, au contraire, des bois sous lesquels se trouvait un pâturage précieux pour leurs bestiaux et dont le sol devenu aride ne pourra leur être d’aucune utilité lorsqu’ils auront détruits les arbres qui y entretenaient un peu d’humidité.

L’expert et le contrôleur ont été obligés à se livrer à des recherches très pénibles pour pouvoir déterminer la valeur de ces bois et le produit du glandage. Les ventes n’ont pas pu leur servir de bases fixes à cause des différences qui sont apparues entre elles en les rapprochant. Il résulte des renseignements qu’ils ont pu se procurer qu’il faut environ 180 ans pour qu’un chêne blanc ait atteint toute sa force et que pour cette époque il commencerait à dépérir. C’est sur cette base qu’ont été faits tous les calculs.

Il y avait anciennement un très beau bois taillé de chênes verts appartenant à la Commune sur la colline dite la Maline. Mais l’incurie des administrateurs du pays et la rapacité des habitants ont fortement contribué à dévaster ce bois qui aurait pu être d’une grande ressource et où l’on trouve à peine actuellement quelques baliveaux dans des précipices. On trouve un autre bois taillé sur la limite de la Commune du Tignet. L’expert a assimilé ces deux bois taillés à ceux de haute futaie. L’arpent de bois de 1° classe peut contenir 240 pieds d’arbres. Celui de 2° classe en peut contenir 180 pieds. Le nombre que peut contenir celui de 3° classe est indéterminé. Un chêne de 180 ans peut donner trente quintaux de bois. Il est reconnu que les frais de garde et d’exploitation s’élèvent à la moitié du produit brut.

Moulins à huile à eau.

Il y a dans la Commune 4 moulins à huile. Ils appartiennent tous à Mr MAURE Jacques fils, négociant. les trois premiers réunis dans le même bâtiment sont situés section E, quartier des Moulins, n° 280, 281 et 282. L’expert d’après les renseignements qu’il a pu prendre sur les anciens baux d’après la quantité d’olives que peuvent détriter ces moulins et leur force, estime qu’ils doivent être évalués ensemble à un produit net de 1400,00 francs. Le quatrième moulin dit Gabres est situé section E, n° 852. Il n’est mu que par les eaux d’une source qui tarit souvent. L’expert le comparant aux précédents l’évalue en produit net à 300,00 francs.

Recenses.
Il y a deux recenses, l’une près des moulins de Saint-Cézaire, section E, n° 284. La deuxième est attenante au moulin des Gabres et sujette aux mêmes inconvénients, elle va rarement à cause du manque d’eau.

Moulin à farine à eau.

Le moulin à farine se trouve situé section E, n° 283. L’expert, après avoir pris connaissance du bail, a évalué un produit net de 300,00 francs.

Fours.
Il existe trois fours dans l’enceinte de la Commune [10] .
Nous ne croyons pas devoir arrêter le présent tableau de classification sans parler du froid qui le 11 courant a entièrement dévasté les champs fertiles de la Provence. Les oliviers qui il y a peu de jours présentaient aux cultivateurs une recette assez considérable et l’espoir d’une plus belle encore pour l’hiver 1820, sont maintenant frappés pour ainsi dire de mort, les fruits gelés ne pouvant plus donner qu’une huile d’une qualité médiocre et tout espoir de récolte est perdu pour l’année d’après. Bien heureux encore si les grosses branches ne sont pas endommagées et si le propriétaire n’est pas obligé de porter la hache sur des arbres qui faisaient sa seule richesse. Ils pensent que cet inconvénient doit être pris en très grande considération et qu’on ne saurait trop avoir de précautions en fixant définitivement un revenu aussi susceptible d’être réduit et quelque fois anéanti que celui des oliviers. 

Fait et arrêté le 20 janvier 1820.

Le Contrôleur des Contributions directes
Chevalier de l’ordre royal de Légion d’Honneur. 

FORESTIER François-Jules ”.

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Manuscrit du docteur Lorrein. 1845.

Ce manuscrit que nous avons recherché en vain auprès des descendants du docteur Lorrein, maire de Saint-Cézaire en 1845, nous est cependant parvenu par une copie faite par un habitant de Saint-Cézaire en 1970. On peut le diviser en trois parties : les “ castellaras ”, les “ vestiges romains ” et les “ vestiges du Moyen-Age ”. La première partie est reproduite par NOYON, dans sa “ Statistique du département du Var ”, en 1846 (Imp. H. Bernard, Draguignan).

Les Castellaras.

“ Les ruines dont il s’agit ici portent le nom de Castellaras. Elles sont situées sur la première chaîne de collines qui se trouvent au nord et à l’est de Saint-Cézaire.

Il y en a trois à Camp Long, un sur la colline de Mauvans, un autre sur celle de Colle-Basse.

Parmi ceux de Camp Long, le premier est situé au midi sur le penchant de la colline, le deuxième au nord sur le plateau, le troisième au levant sur le penchant à mi-colline[11]. Celui du midi n’a qu’une seule muraille d’enceinte, ayant la forme d’un quadrilatère très irrégulier et dont le périmètre est de 273 pas. En quelques endroits la hauteur du mur est de 5 ou 6 pieds, mais on voit qu’elle était plus considérable. Son épaisseur est, en général, de 12 pieds. Une porte de pareille dimension se trouve presque au milieu du côté méridional. Le castellaras du nord a la forme d’un ovale long mais irrégulier ; son périmètre est de 250 pas. Le côté nord de cette muraille repose sur des rochers à pic, au pieds desquels, à une profondeur immense, coule la Siagne, tandis que la partie méridionale et orientale se trouve sur un lieu plane. Aussi de ce côté-là remarque-t-on trois ou quatre enceintes de murailles, tandis qu’il n’y qu’une seule porte vers le nord. La première enceinte ne présente pas le moindre vestige de porte. On n’en voit qu’une à la seconde enceinte. Le castellaras du levant est construit à mi-colline, il est dirigé de l’est à l’ouest, sa figure est celle d’un carré irrégulier. Le côté nord de sa muraille suit les contours des rochers qui bordent un précipice. Les autres côtés, au contraire, sont sur un plan légèrement incliné et défendus par une seconde enceinte. Il n’y a dans celui-ci pas le moindre vestige de portes; son périmètre est de 312 pas. La muraille de l’ouest de ce castellaras a 10 pieds de hauteur et est renforcée intérieurement par une seconde muraille moins épaisse et moins élevée.

Celui de Mauvans, perché au sommet de la colline, est légèrement incliné vers le sud. Sa forme est une circonférence irrégulière de 340 pas de périmètre. Il est défendu par une seconde enceinte, mais qui s’en sépare en descendant vers l’ouest et forme alors une seconde enceinte septentrionale qui aboutit à un précipice régnant le long du côté nord-ouest du castellaras.

L’épaisseur et la hauteur des murs de ces castellaras sont toutes les mêmes. Leur mode de construction est aussi le même partout. Absence de plan, pierres très grosses, irrégulières, brutes, entassées sans ciment, sans ordre et sans goût, les unes sur les autres, voilà ce qui caractérise les vieux monuments qui sont pour nos habitants un problème que je ne chercherai point à résoudre.Un grand nombre d’antiquaires pensent que les Gaulois n’avaient point de villes, dans l’acception moderne de ce mot, et que ce n’était qu’à l’approche d’un grand danger, que les populations s’enfermaient dans de vastes enceintes fortifiées à la hâte, qu’on abandonnait ensuite lorsque la cause qui les avait fait élever avait disparu.

Les castellaras dont il s’agit ici et qui, du reste, ont plusieurs rapports avec le camp retranché d’Entremont, l’ancienne Oppidum des Salyens près d’Aix, n’ont-ils pas été construits par ces peuplades sauvages ?

Vestiges romains.

Dans l’une des maisons, j’ai trouvé un grand vase en terre, brisé, contenant un litre environ de petits charbons. Il s’agissait de gros blé carbonisé. La date de l’incendie qui a dévoré ces maisons remonte au règne de Constantin, ce qu’attestent les médailles trouvées dans ces décombres. Au sein de ces ruines, on a rencontré des statuettes en bronze, des vases en poterie brisés, des outils, une grande quantité de médailles en bronze de divers modèles des Empereurs depuis Jules César jusqu'à Constantin.Autour de ces ruines, on a découvert aussi de nombreuses sépultures isolées contenant chacune son cadavre, les unes formées par des dalles en pierre brute, les autres par trois briques de 40 centimètres de large, à bords relevés à angle droit et joignant entre elles au moyen d’entailles angulaires. Le couvercle était fait avec un égal nombre de briques semblablement disposées [12] .

On a trouvé en outre au même lieu un vrai cimetière, espèce de tumulus contenant une trentaine de cercueils en briques à triple rangs superposés.On remarque au puits du Plan distant de 1000 mètres au nord-est du village [13] un sarcophage fait d’un seul bloc de pierre, portant encadré dans une jolie arabesque, une épitaphe latine. Ce tombeau était fermé par un couvercle qui s’est perdu. Il devait être encastré dans un mur ou dans un monument funéraire, car les faces postérieures et latérales sont seulement équarries, tandis que l’inscription (....). Il sert d’abreuvoir aux troupeaux depuis un temps immémorial et suivant la tradition il a dû être trouvé à la Leco et transporté au puits du Plan pour servir d’abreuvoir.

Les deux citernes que les habitants ont toujours nommées Greniers de César, sont adossées au mur d’enceinte du vieux château, elles fournissent de l’eau dans la cour au moyen d’un gros robinet qui traversait leur paroi postérieure. La date de leur construction est inconnue (les pierres venant de la carrière de Mauvans). Il est évident toutefois que la dénomination de greniers implique une opinion erronée, car les deux canaux qui amenaient l’eau de la toiture et celui qui aboutit au robinet sont artistement creusés dans les pierres de revêtement disposées ainsi par l’ouvrier avant leur pose, ce qui indique que leur fondateur ne les avait pas destinées à servir de greniers, mais de réservoirs d’eau. Quoiqu’il en soit, ces réservoirs existaient à l’époque de la dernière “ habitation ” ainsi qu’il apparaît d’une transaction de 1504 [14].

Voilà les vestiges qui nous restent des Romains dans cette Commune. La proximité du Camin Roumian, du cours de la Siagne qu’il dominait, sa position à l’entrée des gorges, de la montagne, tout désignait cet endroit comme un point stratégique qui reçut le nom de César, et à travers les vicissitudes des diverses époques les générations qui se sont succédées ont persisté à lui conserver le nom primitif de ce héros populaire duquel l’adulation romaine décerna le titre de Saint (Divin César) !... on doit conclure de là que les Romains formèrent dans ce territoire, au commencement de la conquête, un établissement auquel ils donnèrent le nom du premier empereur; qu’à dater de cet établissement le village était composé d’un fort (castrum) occupant la position désignée aujourd’hui sous le nom du vieux village, et de quelques hameaux ou groupes de ménages (villas) situés en dehors, sur des emplacements les plus favorables aux exploitations agricoles.

Vestiges contemporains du Moyen-Age.

Ce sont d’abord quelques monnaies de cuivre de Rois Lombards découvertes dans des ruines d’habitations.

Plus près de nous, c’est un reste d’édifice qu’on ne sait quelle date rapporter. Debout sur la cime du roc isolé de Saint férreol, cette ruine en borde tout le périmètre. L’examen de l’édifice et des lieux environnants démontre que le rocher sur lequel il est perché s’est détaché antérieurement de la barre principale distante vers le nord d’environ 200 mètres, que le sous-sol est argileux, le terrain en pente et que les débris énormes de rochers dont il est jonché proviennent d’un éboulement postérieur qui s’est étendu jusqu'à la rivière sur une longueur d’un kilomètre et dans lequel une partie de l’édifice s’est abîmé.

La partie restante de cet édifice dont le mur est intact du côté du nord est coupé verticalement du côté du midi et présente de plein pied en cet endroit de larges et profondes entailles creusées dans le roc et destinées à supporter l’extrémité des poutres qui reliaient les diverses parties de l’édifice. Il est donc évident que la partie absente de la ruine était assise sur une agglomération de roches juxtaposées qui ont été entraînées dans l’éboulement.

Un document certain, c’est un carré de marbre blanc portant en relief l’anagramme (.....) et une pièce carrée portant gravée en creux le millésime MCXXII, pierres encastrées dans la façade méridionale de la Bastide des Vignes du Docteur Maure ”

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Nouvelles tombes aux Traillères. 1976.

Ce texte est reproduit dans le classeur n° 3 des manuscrits de Mr Prudhomme. Il lui a été confié par le découvreur dont nous ne donnerons pas l’identité, faute d’avoir pu le retrouver et lui demander l’autorisation de publication.“ 

La base Sud du coteau des Traillères à Saint-Cézaire vient de livrer de nouveaux restes romains.
Plusieurs squelettes étaient enfouis sous 30 à 40 centimètres de terre. Seuls, en général,  les bras et les jambes étaient en connexion; ils étaient couchés le dos sur les rochers, la main droite sur le cœur, les deux jambes à plat, les crânes étaient en général en place mais les os crâniens étaient éclatés et disjoints, les os du torse, du bassin, les côtes, formaient un magma informe.

Les squelettes n’avaient pas d’orientation fixe.
La tombe était placée vers l’Ouest-Nord-Ouest, formée de 10 tegulae et de 6 tuiles rondes. Il n’est pas possible de dire si les tegulae formaient un toit en triangle ou si elles étaient placée verticalement avec un toit par dessus, car si actuellement les tegulae sont placées en triangle c’est peut-être parce que le temps les a fait basculer les unes vers les autres, le toit ayant été détruit par les charrues qui devaient passer sur ce terrain anciennement cultivé [15] .

Le crâne était placé entre 2 tegulae fendues en leur milieu, ce qui les faisaient s’aplatir l’une contre l’autre vers le sommet ; c’est sans doute pour cela que le crâne était écrasé. Les cols des fémurs étaient éloignés du magma que formaient les os du tarse de 15 à 20 cm. Les phalanges des mains s’étaient dispersées du crâne aux fémurs. Par contre, les pieds étaient bien en place. Sous le squelette se trouvaient 3 grandes briques plates (2 jaunes et 1 rouge) sur lesquelles il était allongé.Les objets et leur positionLa tombe ne contenait aucun objet, mais à 30 cm. au Nord du fond de la tombe se trouvait une pièce romaine. Cette pièce semblait être une pièce d’Alexandre Sévère (222-235 ap. J.-C.). Elle était à mi-hauteur de la tegula B.Derrière la pièce, à la même hauteur, se trouvait une poterie en morceaux avec les dimensions suivantes :

A : 127 mm.                
B : 132 mm.           
C : 145 mm.     

D : 105 mm.
           
E :  78 mm.                 

F :   59 mm.p
           
G :  69 mm.

Largeur du bord du col : 0,4 cm. Longueur anse : 0,6 cm.Le vase se trouvait entre les deux pieds d’un  autre squelette qui était placé perpendiculairement à la tombe. Il était possible qu’à l’origine la pièce se trouvait dans ce vase. A côté de celui-ci, je n’ai pas pu savoir où exactement, se trouvaient les restes d’une autre poterie.Il ne restait du 2ème squelette que les deux bras sans les mains, les deux jambes et les pieds. Le reste ayant dû être détruit lors du début du creusement d’une piscine l’année précédente. Derrière ce squelette était placé le squelette d’un jeune enfant dont le crâne délabré était orné de 2 boucles d’oreilles en bronze très minces et circulaires.Le creusement de la piscine avait déjà mis à jour 4 à 5 squelettes qui n’étaient ornés d’aucune parure. Des petits tas de débris d’ossements humains se promenaient un peu partout ”.

Perspectives

Ces trois textes non publiés apportent des renseignements divers et ont été une source importante dans la redécouverte de sites archéologiques. Nous voulons parler, en particulier, du pont dit “ romain ”, que la tradition orale avait toujours en mémoire, mais dont la situation avait été délocalisée. Nous savons maintenant où le situer exactement. Les découvertes de “ tombes romaines ” avaient déjà été signalées par Paul Goby au début de notre siècle, d’autres ont été découvertes auparavant et récemment, non plus à l’occasion de terrassements pour la mise en culture, mais lors de créations de piscines. Nous apprenons encore aujourd’hui, que lors de l’édification de certains bâtiments ou d’aménagements divers, lors de travaux de voirie ou autres, des curieux remarquent des restes de tuiles, de poteries, d’ossements. Cela ne semble troubler qui que ce soit. Il serait utile que la moindre découverte fortuite soit signalée à la Mairie qui pourrait alors avertir les services compétents. C’est le souhait que ces écrits soulèvent pouvant provoquer une prise de conscience plus aiguë de notre patrimoine.



[1] La première mention du “ Castrum Sancti Cesarii ” date de 1200. Les habitants, soucieux de leur origine romaine et du nom de César, ont toujours exigé être appelé Césariens et non Césairiens, voulant montrer qu’ils se rattachent, non à Saint-Cézaire, évêque d’Arles, mais à l’empereur César.

[2] La création du port et de la ville de Fréjus (Forum Julii) par César en 49 av. J.-C., puis la construction de l’aqueduc captant l’eau de la Siagnole de Mons, au début du 1er s. ap. J.-C., exigeaient que le pays de la haute Siagne fut complètement pacifié. L’explication donnée par la “ tradition du pays ” est à prendre en considération, sans pour autant être une preuve formelle.

[3]   On a souvent écrit que la porte Saint-Férreol était de facture romaine, en fait, elle n’est que du XIVe siècle. Quant aux “ ouvrages fortifiés ” situés sur les mamelons dominant Saint-Cézaire, il s’agit des enceintes protohistoriques (Camp Long, Soubeyran, Font-Bourdoux, Sargier, Mauvans, Collebasse, Corpatas).

[4] Ce pont, que la tradition récente veut absolument placer à l’emplacement du pont des Gabres actuel, est en fait situé au quartier des Fondudes, à 800 mètres en aval du pont de Serre. Nous l’avons retrouvé en décembre 1993, d’après les indications fournies par le texte de Noyon et le plan cadastral de 1820. Quant au “ chemin taillé dans le roc ”, il s’agit du chemin qui, du portail de Saint-Férreol, descend au Pont de Serre, mais bifurque vers l’Ouest, droit vers l’ancien pont.

[5] La “ Grange Rimade ” est un quartier situé  à l’est de la D 13, à la hauteur de Riviéra 2. “ Les  Traillières ” est le quartier situé au nord de la “ Grange de Niel ”, dans l’actuel quartier des “ Faisses de Barraou ”. C’est de ce dernier lieu que proviendrait le sarcophage romain.

[6] La “ mine de plâtre ” est effectivement situé quelques 300 mètres en aval du pont romain, au quartier des Fondudes. Un arrantement, en date du 28 juillet 1782, confirme cette plâtrière et sa situation (ADAM, 3 E 75 /62, f° 316 v°) : “ la plâtrière que ledit Camatte possède en sa propriété sise en ce terroir quartier des Fondudes près la rivière de Siagne ” .

[7] Le département du Var, à cette époque.

[8] Assolement biennal.

[9] Vulgairement : langage populaire.

[10] Il sont situés dans le village. Le premier, parcelle 299 F de 45 m_, appartient à Pierre Carlavan, fournier, les deux autres dans le même bâtiment, parcelle 330 F, de 137 m_, appartenant à Jean-Baptiste Autran, dit compagnon. Voir Plan de situation.

[11] Au midi : Soubeyran. Au nord : Camp Long.  Au levant : Font Bourdoux.

[12] Il s’agit, d’après cette description, de tuiles plates à rebords romaines ou tegulae.

[13] Actuellement, on veut absolument que l’ancien emplacement du sarcophage soit aux Puits de la Vierge. Lorrein , Noyon, Garcin, Meyronnet  et Blanc indiquent tous au puits du Plan. Lorrein apporte une précision supplémentaire : à 1000 mètres au N.-E du village, ce qui correspond exactement à la distance entre le village et le puits du Plan. Par contre, pour le lieu de la découverte, il le situe à la Lèque et non aux Traillères.

[14] Tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître qu’ils s’agissaient de citernes et non de greniers. Seul l’emplacement soulève question : au “ vieux château ”, dans “ l’ancien château féodal ”. Il s’agit, non pas de la Mairie actuelle, ancien château, dit “ maison seigneuriale ” lors de son achat à la Révolution, mais du “ vieux château ruiné situé à la Basse Rue ”, c’est-à-dire vers le portail de St-Férreol, maintenant enseveli sous le Point de Vue. Sur la transaction de 1504, elle est citée par Meyronnet qui signale que le seigneur “ accorde l’autorisation aux habitants de puiser de l’eau à la citerne du château ”.

[15] Le fait que cette tombe ait révélé des tuiles rondes pourrait indiquer une tombe “ en triangle ”, les tuiles rondes recouvrant la jonction des tegulae inclinées. Sinon, on ne voit pas à quoi elles auraient pu servir.